INSTITUT LEININGER - Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A.Khaj div

- Un bon mental, une bonne philosophie de vie, un corps souple et fort pour mieux vivre sa vie -


Réflexions sur le Yoga

Ce texte avait été annoncé dans la convocation de l’Assemblée Générale de Mars 2015.
Il devait vous être lu par mes soins … Et puis … une AG sympathique et bien chargée, un bon repas dans une excellente ambiance que je n’ai pas eu envie d’interrompre, tout cela a fait que j’ai laissé de côté la lecture de ce texte et préféré me laisser prendre par cette belle atmosphère dans laquelle s’est déroulée toute la soirée de ce premier jour de printemps.
Ce texte ne fait que reprendre quelques éléments et enseignements de l’année 2014 : il ne sera pas surprenant que vous y retrouviez quelques-unes de mes expressions ou quelques contenus dont vous aurez déjà entendu et saisi le fond. Je vous souhaite bonne lecture
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Voir aussi : 
       -
Le Yoga : qu'est-ce que c'est ?             - Nuances                                         - Votre séance de Yoga                            - la reprise
       - Une méthodologie adaptée                   - Une très vieille tradition 
            ...

Réflexions sur le Yoga
Schopenhauer, philosophe du XIXème siècle que l’on qualifiait de pessimiste alors qu’il était simplement, réaliste, disait :
     ˝Ma philosophie ne m’a rien apporté, mais elle m’a beaucoup épargné˝.
Au-delà de cet effet préservant, une philosophie de vie peut- être sûrement très utile : sur ce point, l’Inde peut nous aider à la construire ou bien à étayer et renforcer celle qui guide déjà nos pas dans l’existence. A condition, toutefois, de se souvenir de cette phrase du psychanalyste Carl Gustav Jung qui disait à propos de la sagesse de l’Inde et de celles d’Orient, qu’elles ont ˝… beaucoup à nous apprendre …˝.
Voilà qui nous parle, j’en suis sûr.
Il ajoutait qu’elles ont, je cite :
       ˝
… à nous rappeler ce qu’il y a d’analogue dans notre culture et que nous avons oublié; elles ont à attirer notre attention sur ce que nous repoussons comme sans importance, c’est-à-dire,
       sur le destin de notre humanité intérieure. La connaissance accrue de la spiritualité orientale ne doit être pour nous que l’expression symbolique du fait que nous commençons à entrer en
      relation avec ce qui nous est encore intérieurement étranger. Le reniement de notre propre condition historique serait une folie : ce serait le plus sûr moyen de nous mener
      à un nouveau déracinement.˝
Fin de citation.


Les ˝grands˝ de ce monde
Cette démarche de se construire une bonne philosophie de vie, trouvera encore plus de force si l’on s'inspire, pour la suivre, de quelques ˝grands˝ de ce monde qui ont permis à l'humanité de faire de grands pas, sachant que comme le disait Confucius :
     ˝Le malheur des hommes c’est de vouloir enseigner les autres˝.
Les sages de l’Inde se sont appuyés sur la perception du monde, de l’environnement, de leur propre corps, pour comprendre le sens de l’existence et en tirer une philosophie de vie assurant, à long terme, de se libérer des turpitudes de la vie humaine. Par exemple, pour parler d’une que j’apprécie particulièrement, celle
du sage indien Vivekananda, est surprenante, tant en qualité qu’en quantité et son enseignement fait de tolérance et de respect, est totalement compatible avec notre monde moderne, plus de 100 ans après sa disparition. Et je n’oublierai pas, surtout pas, le discours tonique et heureux de la sage indienne Ananda Moyi, si souriante qui nous encourage à cultiver la joie tout comme le psychanalyste italien Assagioli prônait la ˝sagesse souriante˝.
Nous devons considérer que l’un des sens du mot ˝Yoga˝ est ˝joindre˝ : il sert à unifier l’être et ses diverses composantes décrites par la tradition indienne et admises suite à des siècles d’échanges et de pratique poussée, tant au niveau des possibilités du corps physique qu’aux niveaux énergétique et mental. C’est pourquoi, la conception indienne de l'être humain dans sa globalité, peut guider nos choix d’ascèse personnelle respectueuse du corps et du mental.

Une discipline heureuse
La discipline est une dimension essentielle du Yoga et n’est ni tristesse ni mortification d’autant que les textes du Yoga évoquent explicitement et clairement, la joie, la bienveillance, la félicité, la sympathie, l’amitié … La manière qu’a l’Inde de concevoir la constitution et les composantes de chaque être vivant qui n’est pas considéré comme un désordre de divers éléments constituants mais comme un tout psychique, énergétique, corporel, spirituel, émotionnel, cette manière, donc, amène les conditions idéales pour accéder aux états mentaux supérieurs allant de la concentration à la méditation. C’est la condition d’union pour enfin comprendre ce que ˝méditer˝ signifie concrètement. Cet art nécessite de posséder les moyens nécessaires que l’adepte doit s’attacher à acquérir de façon sûre et durable, pour maîtriser les outils nécessaires à une méditation correcte et efficace.

˝Connais-toi toi-même !˝
Cette façon de voir la merveille de l’humain impose de travailler au ˝Connais-toi toi-même˝ cher à Socrate, qui a son équivalent dans le Yoga. En effet, le quatrième principe de la deuxième étape du Yoga pose la nécessité de procéder au ˝Svadhyaya˝, l’étude (˝adhyaya˝) de soi (˝Sva˝) pour laquelle le Yoga met à notre disposition de nombreux moyens, tant par la compréhension théorique de ce que nous sommes que par l’expérience psychocorporelle. Ainsi, l’étude du fonctionnement du système nerveux et de ses deux composantes (système nerveux central et système nerveux autonome ou végétatif), donne des éléments de compréhension de la démarche proposée par le Yoga traditionnel. La compréhension de la structuration cérébrale qui s’est faite avec l’évolution des espèces et de son lien au comportement humain, permet de compléter cette approche d’une connaissance de soi qui éclaire de façon surprenante la sagesse des enseignements philosophiques de l’Inde antique. En 1995 à Paris, j’ai animé un stage de Yoga pour l’association des amis d’André Van Lysebeth et ai posé les éléments assurant l’approche et la compréhension du thème :
     ˝La souffrance est liée à l’ignorance : le cerveau est-il complice de la condition humaine ?˝
Ma démarche est la suivante : savoir comment nous fonctionnons au plus profond de notre intimité cérébrale dont nous ne pouvons que percevoir les effets quotidiens dans nos gestes, pensées, comportements, amène à nous rendre compte de la lucidité des anciens Yogis de l’Inde pour lesquels l'identification des sources de souffrance humaine, la logique d’élévation de l'être passant par l'utilisation du corps et du mental selon le principe du ˝Mens sana in corpore sano˝, le contrôle de soi, l'action juste, la capacité à prendre des positions fermes et douces à la fois, tant physiquement que socialement, la définition du sens que l'on donne à sa propre vie, l'adoption d'une nécessaire philosophie de vie et d'un idéal de vie, la simplicité en même temps que la détermination dans ses choix d'action, l'acceptation, l’adoption de principes et valeurs élémentaires, tous ces éléments qui nous ont été apportés par de grands penseurs et de grands sages, définissent un plan d'action visant au rétablissement, au renforcement et au maintien d'un état particulièrement précieux : l'harmonie.


Une merveilleuse organisation
Il est évident qu’il est possible de faire un lien entre les tracas de la condition humaine et la structuration de notre encéphale. Nous en avons eu un large aperçu en été 2014 lors des sessions en Espagne au cours desquelles nous avons étudié le rapport entre la psychologie des émotions, le diaphragme et certains centres nerveux précis. C’est la raison pour laquelle nous ne pouvons faire l’économie de l’approche, si ce n’est l’étude, du fonctionnement de cette part de nous-mêmes dès l’instant où nous décidons de nous mettre au travail pour mieux nous connaître et agir dans les meilleures conditions en respectant les principes élémentaires de la tradition du Yoga. Cette perspective est conforme au point de vue de Jung selon lequel, je cite :
    
˝C’est uniquement en nous tenant fermement sur notre propre terrain que nous pourrons assimiler l’esprit de l’Orient …˝

Orient et Occident
Cette connaissance est d’autant plus importante que les sensations venant de l’environnement quotidien nous assaillent. De ce fait, nous ressentons de plus en plus le besoin de vivre l’ici et maintenant dans de bonnes conditions.
Il importe de mettre en relation les philosophies de l’Inde et les connaissances que l’Orient et l’Occident mettent à notre disposition à propos des couches psychiques les plus profondes de l’être. Car si les découvertes faites dans le domaine du subconscient sont officiellement le fruit du travail de chercheurs occidentaux, l’inde a, depuis très longtemps, nommé les structures inconscientes de notre psyché la plus profonde.
Nous ne nous doutons pas qu’en nous asseyant sur notre tapis de Yoga, nous reproduisons avec précision l’attitude de ˝Pashupati˝ trouvé dans les vieilles pierres oubliées des cités de l’Indus. Nous pouvons décemment dire qu’il y a plusieurs milliers d’années que l’humanité dans son ensemble, est en recherche d’explications et de solutions. Sur ce plan, l’Inde n’est pas en reste : elle a permis la naissance, la croissance et l’expansion de systèmes permettant à chacun de trouver des moyens répondant à sa propre nature, à ses tendances et à son évolution. Ces moyens nous parlent, nous Occidentaux si attirés par l’Inde et ses philosophies, sa pensée, son originalité, sûrement tout ce qui faisait qu’André Malraux voyait l’Inde comme :
     ˝… l’ancien Orient de notre âme˝.


Ascèse et libération
Le but principal de chaque Indien est de se libérer de sa condition : l’ascèse est le moyen, soutenu par une philosophie constructive, elle-même fondée sur d’anciens principes pourtant marqués d’un caractère universel indéniable et pouvant mener à l’harmonie.
Une des clés est qu'elle est là, présente en permanence au fond de nous-mêmes et qu'elle s'exprime parfois, lorsqu'on lui en laisse la possibilité. Aussi, pour qu'elle se renforce et s'exprime davantage dans les circonstances qui sont celles de notre quotidien il importe d'accepter de voir qu'il nous faut l'établir en nous-mêmes avant de la mettre en place avec le monde environnant, l'établir signifiant aussi, dans certains cas, la reconstruire, ce qui demande un travail particulièrement ardu nécessitant une assiduité guidée par celles et ceux qui nous ont précédés.
La première étape est de prendre conscience des causes de nos dysharmonies, de nos pensées, comportements, gestes, qui, en même temps qu’ils peuvent parfois polluer nos contemporains, sont l'expression d'un mal-être oublié mais toujours présent, refoulé mais toujours actif, masqué et pourtant toujours prêt à se manifester. Notre corps, notre mouvement, l’expression de certaines de nos fonctions vitales trahissent ces désordres et il importe d'accepter de les prendre en considération pour les arranger, les redresser, d'autant que pour tenter de les étouffer, l'intelligence du corps dresse des barrières, des murailles, des blindages, des carapaces de plus en plus lourdes, de plus en plus épaisses, de plus en plus impénétrables, de plus en plus difficiles à démonter et aussi, hélas, nous rendant incapables de goûter aux douceurs et beautés de l'existence.


On n’apprend pas à respirer
De plus, ces blindages qui se forgent au cours des années et des décennies ont des conséquences terribles et indéniables qui vont nécessiter un travail de contrôle de soi qui concerne à la fois le mouvement, le souffle, la conscience. C’est la raison pour laquelle bien respirer ou mieux respirer est particulièrement important, même essentiel … mais cela ne s’apprend pas. En effet, il faut d’abord se livrer à un travail très concret sur les moyens de débloquer le diaphragme si souvent contracté et crispé. Pour pallier à cela, le Yoga apporte plusieurs moyens visant à détendre le muscle diaphragmatique dont les blocages qui gênent donc la respiration, sont dus à plusieurs facteurs d’ordre anatomique et-physiologique, psychologique, traumatique, émotionnel. La pratique et la compréhension des mécanismes en présence permettent de travailler à la libération de cette double coupole et aussi de prendre conscience des causes diverses des blocages de la respiration, afin de la délier de façon durable. Car tout est là : il est question d’une progression assidue et continue qui ne connaisse ni recul, ni arrêt, comme nous encourage ce vieux proverbe chinois qui dit ceci :
     ˝Ne crains pas d’avancer lentement, crains seulement de t’arrêter !˝
C’est pour cela que cet apprentissage, cette nouvelle prise de contact avec le fond de nous-même, ce cheminement, passent, pour le Yoga, par plusieurs étapes en plus du silence qui constitue une pratique fondamentale commune à tous systèmes initiatiques, si l’on considère que le Yoga en est un, comme je le pense. En effet, le plus souvent, c’est un des travers de notre vie moderne de penser à se ressourcer par un surcroît d’agitation extérieure plus que par le silence.


Silence ou dispersion ?
Or, la régénérescence est largement aidée par la mise au repos complet des organes de la phonation, ce qui influe sur le mental, sur l’attitude corporelle et apporte une grande paix intérieure. C’est pour cette raison qu’il est si bon de faire sa pratique du Yoga en silence. Le Yoga amène à découvrir le fond de soi par le ressourcement dans le retrait décidé, la solitude choisie, le silence verbal établi sans contrainte. Les moyens de nous régénérer sont en nous-mêmes, dans la recherche de ˝l’Etre˝, non du ˝Faire˝. La pratique décidée du silence passe par le contrôle de la parole et, par voie de conséquence, du geste, ce qui génère un impact insoupçonné sur le mental ainsi que sur l’attitude corporelle tout en apportant une grande sensation de paix intérieure rarement connue.
Réapprendre à ne pas parler, à contrôler sa parole, à maîtriser son expression : voilà un programme utile en ce qu’il est l’occasion d’une sérieuse économie d’énergie nerveuse et psychique : c’est le message de la session sur l’énergie de Janvier 2016 et du numéro spécial de la revue portant sur l’énergie et parue fin 2013. En effet, l’air inspiré donne deux carburants : ce que les Indiens nomment prâna et l’Oxygène.
L
e Yoga enseigne à équilibrer les énergies (Vâyu)
et aussi à s’économiser plus qu’à se disperser. S’ajoutent à cela le silence des mains et des pieds comme nous avons pu le voir en Mai 2014 et comme nous le verrons cet été. Il y a dans cette maîtrise des sens de quoi retrouver le calme en soi et éviter le stress.
Au-delà ou en plus de ce silence évoqué, je reviens aux étapes de l’apprentissage, à peine mentionnées ci-dessus.

Le commencement
La première est que tout être humain peut prendre en considération une sorte d’insatisfaction de s propre existence, aux causes parfois inconnues. Pour les philosophies de l’Inde dans leur ensemble, elle n’est due qu’à certaines conditions extérieures : les êtres vivants, humains et animaux, les variations liées au ciel à quoi s’ajoute surtout, ce qui fait le caractère humain de notre condition.
L’Ignorance et les tracas qui en découlent à savoir le rejet, l’attachement, la peur de la mort, l’ego mal placé ou mal dimensionné, sont à identifier avant d’avancer sur la voie d’un pas (˝pada˝ en sanskrit) sûr. En ce qui nous concerne, la voie passe par l’utilisation du corps et de tout notre être comme d’un outil efficace en même temps qu’il est à découvrir à chaque instant et à entretenir, d’autant que le souffle étant lié au mental, nous disposons là d’un merveilleux assemblage d’une incomparable utilité.
Toujours sur ce chemin et avec cet objectif, la deuxième étape est de se préparer physiquement et mentalement sur la voie d’une ascèse non mortifiante et non destructrice, mais structurante et puissante menant à l’équanimité qui n’est autre que l’égalité d’âme prônée par tant de sages, aussi bien en Inde et en Chine qu’en Occident.
Puis vient la troisième étape qui est de choisir des principes pouvant constituer une vraie philosophie de vie dont je parlais en commençant mon propos, mais une philosophie de vie non pas gouvernée par une personne extérieure, car rien ne vaut mieux pour chacun, ˝… sa propre loi d’action …˝ (voir la citation de la Bhagavad Gîtâ dans chaque numéro de la revue de Yoga, au bas de la page 3), mais décidée par soi et choisie dans l’immense richesse des philosophies tant d’Orient que d’Occident, tout en faisant en sorte que pensée, parole et action soient en accord et que notre attitude dans l’existence soit, le plus possible, conforme au message profond de la voie choisie.
Bienveillance, joie, sympathie, contrôle des mots et des gestes, exaltation de la vie et préparation à la mort, rectitude, connaissance de soi, sont là pour nous assurer un idéal de vie. Le contrôle des sens et le détachement, le don de soi et le contentement parachèvent cette voie que chacun peut encore enrichir et compléter selon ses valeurs profondes et selon la nécessité d’une loi d’action juste et inflexible, toujours dans l’esprit de liberté et d’indépendance qui est propre aux yogis de l’Inde, depuis des milliers d’années, selon le principe de ˝Svaraj˝ qui n’est que le gouvernement de soi par soi-même, ce qui est en accord avec nos valeurs occidentales de liberté et d’action.
Il ne reste plus alors qu’à œuvrer au quotidien dans le sens de ˝sthirasukham˝ développé dans Drish 131 : la douceur devient alors un précieux guide, couplée à la force, les deux fonctionnant selon une harmonie qui va permettre de retrouver la sérénité, la plénitude, la fluidité de l'existence et aussi une attitude de bienveillance et de respect, de justice et de compréhension, de détachement et de communication avec soi, avec les autres et avec ce qui nous entoure.
Merci de votre attention.

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