INSTITUT LEININGER    
Centre de Recherche Indépendant de Yoga Adapté (KRIYA)
Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A.
Khaj div

- Un bon mental, une bonne philosophie de vie, un corps souple et fort pour mieux vivre sa vie -

                       
     Le Yoga et Pierre Bayle
                          

accéder directement au texte Pierre Bayle, entre scepticisme, persécution et tolérance sans lire cette présentation

Voir aussi :
        - Yoga et liberté             - L'esprit de l'école de Yoga                                                                        
                                                                                                                       

Le lecteur doit se demander ce que peut venir faire ici, dans les colonnes d’une revue de Yoga, ce titre avec ce nom plus ou moins connu … En quoi un défenseur de la liberté de penser que vous connaîtrez mieux plus loin, peut-il avoir sa place dans le Yoga et être une référence pour l’école de Yoga ? C’est pourtant sûrement grâce à lui si nous pouvons penser, parler, œuvrer librement et choisir ou non nos opinions religieuses, politiques, et peut-être même qu’il nous est possible de pratiquer le Yoga sans nous laisser prendre par des messages tendancieux. Il est des lieux dans le monde, où le Yoga a été ou est encore absolument interdit (voir l’article ˝Touch' pas à mon Yoga !˝, Drish 92-93, été 2007).

Une culture du Yoga

La grande difficulté, lorsqu’on décide d’approfondir le Yoga et donc, de le connaître, est dans le fait de pouvoir le faire entrer dans sa propre culture sans renier ce que l’on est, sans s’oublier, sans rejeter ce que l’on est. Dans un article récent (˝Méditer : fuir ou construire ?˝), j’ai évoqué ce risque de se tourner vers une voie pour se détourner de celle connue. L’idéal est de prendre dans une autre voie ce qui permet de mieux vivre celle sur laquelle notre destinée nous a mis. Il s’agit de s’enrichir intellectuellement et spirituellement en associant des cultures, sans les opposer : en effet, les mettre en compétition l’une et l’autre reviendrait à les amoindrir et à ne plus profiter pleinement de leurs apports respectifs et conjugués et à n’en avoir qu’une vision parcellaire et injuste.
D’autre part, la recommandation de Carl Gustav Jung dans ˝L’âme et la vie˝ est claire et tout à fait adaptée, d’autant que sa connaissance de l’Orient est suffisante pour donner toute crédibilité à ses propos en forme d’avertissement :
     ˝C'est uniquement en nous tenant fermement sur notre propre terrain que nous pourrons assimiler l'esprit de l'Orient.˝

Duo ou … duel ?

Enfin, il arrive parfois que certains adeptes du Yoga en Occident, répugnent à chercher dans leur propre culture, des éléments de réflexion qui auraient pourtant, pour énorme avantage, de confirmer le bienfondé de leur choix de voie et de poser, dans le même temps, des jalons délimitant un parcours parfois difficile ainsi que des repères permettant de s’assurer de la validité de la démarche. 
Je dois vous dire qu’en ce qui me concerne, je n’ai jamais cessé d’approfondir mes connaissances sur l’humain et sur les démarches d’évolution : rien, jusqu’à aujourd’hui, ne m’a dissuadé de poursuivre, bien au contraire, tout concourt à m’encourager dans une action que s’achèvera avec mon existence. Du moins c’est mon projet si rien ne s’y oppose car comme disait un sage oriental, on peut faire le projet d’être à tel endroit à la saison des pluies, en tel lieu à la saison chaude, en tel autre lors de la saison fraîche … Et il conclut :

     ˝… Ainsi l’insensé fait des projets sans tenir compte de ce qui pourrait venir les contrarier˝

Vous parler ici de Pierre Bayle, c’est vous décrire une personnalité dont la pensée fait le fondement de l’école de Yoga depuis sa création, mais aussi et surtout, de toute ma démarche d’enseignant de Yoga depuis mes débuts en 1977. Le discours et les prises de position de Pierre Bayle lui ont coûté sa liberté d’aller et venir et l’ont forcé à vivre en exil ou caché sous un faux nom pour échapper aux foudres de l’Inquisition que Galilée évita de justesse mais qui n’épargnèrent pas Giordano Bruno qui osa énoncer des idées et ne fut jamais réhabilité par l’Eglise, alors que ce qu’il pensait à son époque nous semble parfaitement courant en notre XXIème siècle.

Revoilà les yogis-guerriers

Guerriers ! Ils ont été des guerriers, pas au sens d’user d’armes sans réflexion. D’ailleurs ils n’en ont utilisé aucune si ce n’est leur bon sens. Un dictateur dit un jour :

     ˝Ils n’ont même pas besoin d’armes … Il leur suffit de penser par eux-mêmes˝

C’est en cela que nous sommes des yogis-guerriers, par nos prises de position que nous devons assurer puisqu’en choisissant une voie d’évolution, nous ne pouvons pas laisser nos contemporains en prise avec des injustices ou en situation de soumission alors que le Yoga lui-même parle d’autonomie, d’indépendance, de liberté, ces termes traduisant le sens du sanskrit ˝Vairagya˝, le détachement cité plus haut (p. 52) qui est à mettre en balance avec l’assiduité et l’ardeur de la pratique, selon les textes fondateurs du Yoga traditionnel.

Yoga et action

Bien entendu, on entend parfois dire que ˝… Il faut laisser faire !...˝ ou que ˝… Il ne faut rien dire … Ne pas agir … patienter … Tolérer …˝. C’est si facile quand on n’est pas soi-même concerné, et c’est oublier que pouvoir vivre d’un certain confort en refusant de prendre directement position, c’est bien parce qu’avant nous, certains de nos prédécesseurs ont osé dire et agir au péril de leur vie.
Si pour Théodore Monod, il faut penser ˝Si vis pacem, para pacem˝, ce qui veut dire ˝Si tu veux la paix, prépare la paix˝ (extrait de son livre ˝Et si l’humanité s’arrêtait là …˝), il n’en reste pas moins que nous devons agir avec des moyens justes. C’est, finalement, le message enseigné par la Bhagavad Gîtâ, texte sacré dont l’importance dans le Yoga est incontournable puisqu’il décrit les différents Yoga-s. Il y est écrit entre autres, que l’action est inévitable dès l’instant où nous vivons en ce monde (III, 8) :

     ˝… l’œuvre vaut mieux que l’inaction ; sans agir, tu ne pourrais pas même nourrir ton corps˝

C’est encore ce même texte qui dit (XVIII, 11) :
     ˝… il n’est pas possible que l’homme, doué d’un corps, s’abstienne absolument de toute action …˝

Question de contexte
Le Yoga n’est pas inaction et nous sommes en Occident, dans un environnement complètement différent de celui indien où l’inaction dans le monde, fait partie du choix des saddhu-s (˝renonçants˝) vivant de mendicité après avoir tout abandonné. Pourtant, pendant les périodes obscures où l’Inde a subi des invasions meurtrières, ils se sont engagés dans le combat, armés de bâtons de fortune ou de leur trident de Shiva (Cf Drish 121, p.27). On est loin de la tranquille rêverie dans laquelle on imagine le plus souvent, les ascètes de l’Inde.
Enfin, pour achever cette longue introduction au sujet, il faut resituer Bayle dans son époque, ce que vous trouverez au début de l’article le concernant. En ces temps, on ne pouvait penser, dire, pratiquer ce que l’on voulait …
Conforme au principe de Ishvarapranidhana, le don de soi, 10ème principe du Yoga, s’opposer à l’intolérance constitue le devoir de celles et ceux qui en cherchant à s’élever, ne peuvent rester indifférents à leurs semblables.
Bonne lecture et bonne réflexion.

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