INSTITUT LEININGER - Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A. Khaj div

- Un bon mental, une bonne philosophie de vie, un corps souple et fort pour mieux vivre sa vie -

                            
     Le fête du Shivaratri

                     Inde, Lundi soir 11 Mars 2002 - GillEric Leininger, Khajuraho, Madhya Pradesh
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Tout au bord du lac sacré, sur les ghats, quelques femmes accroupies en cercle, échangent dans leurs couvertures de couleur unie. Plus loin, beaucoup plus loin, on entend des slogans répétés en même temps que la musique ; elle s'interrompt un instant , puis reprend à nouveau avec force; ce qui, toutefois, ne gêne en rien les Indiens fatigués plongés dans leur sommeil.
Un jeune Hindou s'approche de moi et me lance : "My best friend!... Two rupees!".
Cette confiance, cette assurance sont bonnes à voir.
Au travers des passants très nombreux dans la rue et sur ses abords, à cette heure avancée de la soirée, on continue encore la mise en place des installations et on finit de mettre les luminaires en place : tout n'est pas encore prêt pour la grande fête du Shivaratri. Ainsi, en quelques heures, les toiles se sont tendues, et ce qui n'avait aucun relief il y a 3 heures de cela, si ce n'est de nature humaine, a laissé la place à une immense foule et à des ensembles de tiges de bambous émergeant des toiles tendues.
Ne voulant rien perdre du spectacle varié qui s'offre à mes yeux, à mes oreilles, à tous mes sens, je note en quelques mots chaque nouvelle observation ; c'est surprenant l'impression que je fais, avec mon stylo et mon bloc : les indiens me regardent écrire et je pense qu'ils doivent se demander ce que je fais et le pourquoi de ces pages noircies au stylo. -
"You are welcome in India" me dit ce jeune homme d'à peine plus de 14 ans.
Je lui réponds combien je m'y sens bien.

Peu à peu, dans une sorte de progression lente et naturelle, le centre s'est vidé. Je me suis mêlé à la foule, et ai rejoint avec elle, le centre du

   ardhanarishvara

village des temples.
L'animation s'est déplacée, et les mégaphones se sont tus.
Au loin, devant l'ancien palais du Maharajah, le long des ghats, s'agglutinent les formes humaines longilignes en mouvement : on pose ses affaires, on se débarasse de ses vêtements. Dans un mouvement descendant, certaines de ces ombres se rapprochent du niveau de l'eau et viennent s'immerger dans le lac sacré. L'eau est agitée, secouée, rejetée, expulsée, frappée. De multiples étincelles dansent sous les lampes fixées au mur du palais. Ces formes humaines aux couleurs pastel adoucies par la nuit, continuent de se masser tandis qu'une musique faite de sonneries, de tintements et de tambourins, rappelle le cristal de l'eau jaillissant sous les mouvements de plongée et d'immersion des fidèles.
La musique s'accélère ; son rythme s'intensifie, sa force aussi ... Sur les ghats, tout près de moi, d'autres personnes encore ont pris place et s'étant dévêtues, se sont aussi plongées dans l'eau noire, puis en sont ressorties, se frottant le corps, le visage, et le cuir chevelu, avec énergie.
Sur les ghats de gauche, un groupe de femmes s'est dépouillé de ses vêtements qu'il a déposés en paquets, sur une couverture à même le sol poussiéreux et sale.
En frissonnant, il s'est dirigé vers l'obscure limpidité pour s'y plonger aussi et ramener jusqu'au bord un peu du précieux liquide dans un vase de métal blanc luisant, afin d'accomplir ses ablutions rituelles. Plus loin, insensible à cet immense mouvement, d'autres dorment toujours, inconscients et confiants ; comment pourrait-il en être autrement, lorsqu'on est ainsi sous la protection du dieu Shiva ?
Tout ce spectacle bruyant et jaillissant laisse le barbier indifférent qui, accroupi, laisse tranquillement glisser la lame affûtée de son rasoir sur la peau tendue du cou de son client, accroupi lui aussi, tout aussi indifférent au brouhaha et à l'agitation ambiants.
Il est 2h10 et l'animation s'est calmée dans les rues, bien que j'entende des chants et des cris, lorsque je décide de rentrer à l'hôtel où tout est éteint, ce qui m'obligera à réveiller le gardien tout surpris. 
Il est 2h et quart et l'animation dans les rues s'est calmée, bien que j'entende encore au loin des chants et des cris.
La chienne qui chaque soir venait me saluer au cours de mes méditations nocturnes, m'a reconnu lorsque je me suis adressé à elle ; elle a grimpé jusqu'à moi pour que sa tête soit à portée de mes mains.
De sa patte, elle a touché ma main en un geste que je lui connaissais déjà, puisqu'une fois, elle était venue la poser sur mon avant-bras, alors que je méditais sur les rives du lac sacré ..."

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