INSTITUT LEININGER - Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A.Khaj div

- Un bon mental, une bonne philosophie de vie, un corps souple et fort pour mieux vivre sa vie -


Yoga et liberté

Souvent, se pose la question du guide, de l'enseignant, sur la voie du Yoga.
Il importe de bien voir que pour l'Occident, la liberté est une valeur, un devoir, un droit. Il importe donc de la conserver, à tout prix.
C'est la raison de la parution, dans la revue de Yoga, d'articles sur ce sujet, répartis sur plusieurs numéros.       

Voir aussi :
       - Cours réguliers de méditation           - Yoga, philosophie de vie et harmonie                - Contrôler le mental
                  - L'esprit de l'école de Yoga
       - L'esprit de l'école de Yoga                - Les stages proposés
                                            - Pierre Bayle                             - Mes engagements       
       - Mon docteur indien                           - Yoga et professionnalisme                                
- Prochains rendez-vous             - Qui suis-je ?
       - Méditation : fuite ou construction ?                                                            
                                                  
 

Dessine-moi un mouton (4)

Le yogi hindou ou européen, immobile sur son tapis, que l'on imagine dans un état de contemplation sans regard pour le monde extérieur, correspond-il à la réalité du fait, ou bien est-ce là une simple création imaginaire faussant et masquant la réalité ?
En un mot, ce méditant est-il un inactif détaché de ce monde au point d'être indifférent à ce qui se passe autour de lui, et sans action concrète par rapport aux événements qu'il perçoit ? Le yogi, comme nous l'avons vu la dernière fois, refuse de vivre comme le commun des mortels, ce qui se traduit par un choix de comportement différent au niveau des diverses composantes de son être.

Le yogi, anti-conformiste ?
Avant de dire si le Yogi est anticonformiste, il nous faut définir le sujet de réflexion. Qu'est-ce que le conformisme ? C'est l'adhésion à un environnement pouvant aller jusqu'à la soumission liée à l'influence de la majorité. Au-delà du sens propre à nos voisins britanniques, le conformisme désigne, selon mon petit dictionnaire, l'attitude de ceux qui, par manque d'esprit critique, se conforment à ce qui est communément admis. Très prisé en psychologie sociale, ce concept a été particulièrement étudié et il concerne le moment où un individu change son comportement pour le mettre en adéquation avec le comportement d'un groupe majoritaire.
On notera avant toute chose que ce phénomène se déroule au sein même d'un groupe, qu'il est le résultat d'une pression implicite, en ce sens que le groupe n'a pas une volonté explicite d'influencer un de ses membres, et aussi que l'individu n'est pas toujours conscient qu'il est influencé, et enfin, que les membres du groupe ont le même statut, et qu'aucun rapport hiérarchique n'existe entre l'individu influencé et le groupe, contrairement au phénomène d'obéissance dont nous serons amenés à parler plus tard.

Une expérience étonnante ...
On doit à Solomon Asch, dans les années 1950, à l’université Carnegie-Mellon, à Pittsburgh, aux Etats-Unis, la mise en place d'une expérience démontrant jusqu'à quel point l'individu peut changer d'avis dans le but d'adhérer à celui soutenu par la majorité du groupe.
Pour mener cette observation, on réunit 7 à 9 personnes au courant du but de l'expérience, autour d'une autre personne qui sera sans le savoir le sujet "naïf" de l'expérience. On demande alors aux membres du groupe, de donner à haute voix, et à tour de rôle, une réponse à un test de perception visuelle : il s'agit de comparer la taille de quelques lignes tracées sur une feuille de papier : plus grandes ou plus petites ? Un exercice qu’un enfant pourrait accomplir sans difficulté. Le sujet "naïf", centre de l'observation, croit que le test est lié à cette appréciation des longueurs des lignes et sera l'avant-dernier à répondre. Une variante de l'expérience consiste à distinguer si une pastille est verte ou bleue. Dans la figure présente ci-dessous, il s'agit de définir quelle est la ligne A,B, ou C qui est de même longueur que celle de gauche.
Il y a 18 tâches comme celle-ci : sur ces 18, à 12 reprises, le groupe donne 12 mauvaises réponses, en sachant qu'il le fait volontairement, ce que le sujet "naïf" ne sait pas.
Le résultat, stable et maintes fois démontré est surprenant : dans 33% des cas, ce dernier va changer d'avis et se rallier à la mauvaise réponse du groupe. Renouvelée plusieurs fois, avec des personnes différentes, l'expérience démontre de manière régulière que la personne qui est le sujet de l'expérience, change une fois sur trois son avis, dans le but de se ranger du côté de la majorité.
On voit là en quoi le comportement du mouton est dicté par des processus courants, dont on va voir qu'ils obéissent à des fonctionnements psychologiques précis.

Pourquoi ?
Si l'expérience renouvelée de très nombreuses fois, amène au même constat, à savoir qu'un individu change d'opinion pour suivre celle du groupe dans lequel il se trouve, la question reste posée : pourquoi en est-il ainsi ?
Et comment expliquer le conformisme qui amène à choisir un avis faux en contradiction avec ce que l'on pense, dans 33% des situations, 1/3 des cas ?
Une fois l'observation effectuée, Asch s'est attelé à comprendre les raisons de ce changement et a demandé aux participants pourquoi ils avaient abandonné leur avis personnel.
Les réponses qu'il a obtenues sont de deux ordres :
     1/ les sujets "naïfs" avaient peur du ridicule et de la désapprobation sociale,
     et d'être rejetés par le groupe,
     2/ ils en venaient parfois à douter de la validité de leur propre appréciation.
Le conformisme s'explique aussi par deux types de conflit interne.
Le premier, le conflit dit "cognitif", concerne l'envie pour le sujet "naïf", d'avoir des informations venant du groupe, afin de vérifier si sa propre réponse est exacte à partir des réponses des autres participants.
C'est ce que l'on nomme l'influence informationnelle ; elle est particulièrement importante quand on est confronté à une tâche que l'on ne maîtrise pas.
Le second type de conflit est dit "motivationnel", en ce sens que l'individu sujet de l'expérience, cherche seulement à se rallier aux normes établies par le groupe.
On l'observe surtout lorsque le groupe est important pour nous, lorsqu'il est composé de personnes que l'on sera amené à revoir.

Autres déterminants
Bien entendu, certains facteurs peuvent influencer les réponses et agir sur le conformisme, tels que les caractéristiques de difficulté ou d'ambiguïté de la tâche, les caractéristiques du "sujet naïf" ; les caractéristiques personnelles, telles que la confiance en soi, en ses propres compétences, l'estime de soi, les caractéristiques sociales (culture collectiviste ou individualiste, sexe...), les caractéristiques de taille et d'unanimité du groupe, et enfin, les relations entre la personne observée et le groupe (attrait par rapport au groupe, statut de l'individu au sein du groupe, interdépendance de l'individu et du groupe), sont aussi des éléments déterminants.

Aspect neurologique
Si ce comportement conformiste s'explique de façon psychologique, il est étonnant de considérer, comme le raconte David Servan- Schreiber, qu'il existe une correspondance organique, donc cérébrale. C'est grâce à la science et à l’imagerie cérébrale fonctionnelle, qu'on a pu se rendre compte d'un phénomène surprenant.
Greg Berns, de l’université Emory d’Atlanta, aux Etats-Unis, a étudié ce qui se passe dans le cerveau au moment où l’on décide de « faire comme tout le monde » et de se ranger à l'avis du groupe, pourtant contraire à ce qu'on pense, comme dans l'expérience décrite ci-dessus.

Modification cérébrale
Il s'avère que lorsqu'on voit que le groupe choisit une réponse de façon unanime, la perception même de l’objet se trouve modifiée, chez le sujet "naïf". Cela est visible au niveau des aires sensorielles qui ont en charge de mesurer, jauger, évaluer le monde extérieur : cette perception est changée du fait du choix du groupe, même s'il est contraire à la réalité que l'on perçoit en premier. C'est exactement comme si le sujet de l'expérience n'avait plus de perception exacte de ce qui est, et avait une perception convaincue et définitive alors qu'elle a été modifiée par l’opinion des autres.
Si par contre le sujet reste sur son point de vue premier et ne se range pas à l'avis du groupe, et prend alors le parti d'être en désaccord avec lui, alors, ce sont d'autres zones cérébrales qui entrent en action : celles de la peur, situées dans le cerveau émotionnel.
Tout se passe dans ce cas, comme s'il y avait un réel danger à affirmer une évidence, face à un groupe qui n'est pas de cet avis.

Connaissance et ... action
Sachant cela, connaissant ainsi l'influence d'un groupe sur un individu seul, allant jusqu'à modifier sa perception de la réalité, il ne reste plus qu'à cultiver la vigilance et la prudence dans ses appréciations et ses propos.
Et aussi la détermination et la force de caractère, car ces qualités doivent se montrer supérieures à la simple peur du rejet par le groupe.
David Servan-Schreiber rappelait que les grands noms de la science, Galilée, Darwin, Freud, Einstein, et dans d'autres domaines, tels Luther ou Martin Luther King, ont décidé de s'opposer aux idées admises et se sont engagés, malgré les pressions réelles exercées sur eux.  C'est pourtant, semble-t-il, le prix à payer pour connaître la paix de sa conscience, et évoluer dans un monde plus juste et plus intègre.

Clairvoyance et philosophie
De nos jours, nous avons l'impression d'être libres et de ne pas agir comme des moutons. Cependant, à la lumière de ce qui précède, nos choix de vie sont-ils vraiment nos choix de vie ? Et le Yoga n'apparaît-il pas, sous cette perspective, comme une voie d'autonomie, ce qu'il prétend depuis des milliers d'années ?
Nous entrerons dès la prochaine fois dans des considérations philosophiques concrètes, elles aussi payées très cher par leurs auteurs qui ont décidé de ne pas se ranger à la majorité et de chercher en des voies plus difficiles mais ô combien plus justes et plus exaltantes.
                                                                                                                 (... à suivre ...)
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