spirale INSTITUT LEININGER - Ecole de Yoga du K.R.I.Y.A.Khaj div

- Un bon mental, une bonne philosophie de vie, un corps souple et fort pour mieux vivre sa vie -


DRISH 119, Septembre 2012

    

Sommaire du n°119             Pour vous abonner ou commander d'anciens numéros et articles publiés, cliquer ici.

Editorial …                                                                … 3
A pied d’œuvre …                                                     … 4 à 6 - Voir ci-dessous
Méditation pratique (9) …                                           … 7 à 11 - cliquer ici
Montaigne avait raison …                                            …11 - Voir ci-dessous
Posture accroupie et … réactions                              …12 à 15
A méditer …                                                              …16 - Voir La pensée du jour
Sommes-nous des yogis-guerriers ? …                           …17 à 24 - Voir ci-dessous
Yoga et Végétarisme …                                               …25 à 35 - Voir ci-dessous
Nos rendez-vous …                                                    …36 - cliquer ici
                         Dépôt Légal
& ISSN 3ème trim. 2012. Tirage : 70 ex.

Editorial du 119
Début Septembre … Fin de l’été … la rentrée pour tous … le vent et la fraîcheur sont là … Voilà les conditions idéales pour nous rappeler que l’action permet de remettre en route ses énergies et de retrouver un rythme moins nonchalant qu’au cours des vacances. Profitons de cette rentrée pour retrouver nos bases, les consolider et les enrichir de nouvelles, dispositions, de nouveaux engagements, de nouvelles pratiques. Voilà ce que je nous souhaite à deux jours de la rentrée.
A très bientôt. @GillEric Leininger Molinier

A pied d’œuvre …
Le programme des séminaires de Yoga de l'été 2012, prévoyait un travail spécifique et précis sur la base de notre corps : le pied. Souvent oublié, souvent malmené, souvent mal soigné, trop peu souvent bien utilisé, l'extrémité basse de notre corps, connaît davantage de désagrément que de bonnes conditions de fonctionnement.
C'est en partie pour cela que j'avais inscrit au programme des deux sessions en Espagne, ce travail essentiel.
Le programme des séminaires de Yoga de l'été 2012, prévoyait un travail spécifique et précis sur la base de notre corps : le pied. Souvent oublié, souvent malmené, souvent mal soigné, trop peu souvent bien utilisé, l'extrémité basse de notre corps, connaît davantage de désagrément que de bonnes conditions de fonctionnement.
C'est en partie pour cela que j'avais inscrit au programme des deux sessions en Espagne, ce travail essentiel.


Le ‘podotest’

Un premier bilan a été établi grâce au ‘podotest’ qui, comme son nom semble l’indiquer, nous a permis de dresser un tableau actuel, précis, concret, de l'état de nos pieds ainsi que de leurs besoins.
De manière générale, nous avons tous constaté que les articulations et les muscles de cette partie du corps étaient insuffisamment sollicités. D'autre part, nos orteils, nos chevilles, mais aussi tous les muscles situés en dessous du genou, demandaient à être réveillés, remaniés, étirés, tonifiés.
En clair et pour résumer de manière à peine humoristique, il était temps de reprendre nos pieds en main. C'est ce que nous avons précisément fait.


Un résultat concluant

Ce ‘podotest’ a été à nouveau effectué à la fin du séjour, après cinq jours de pratique assidue et régulière, au cours de laquelle nous avons beaucoup sollicité nos chevilles, nos pieds, nos

 

pied

orteils. Il s'agissait là, d'un ultime test de vérification, permettant de nous assurer que le travail effectué au cours de la semaine du Yoga avait été réellement profitable. À la surprise de nombre participants, tant à la fin de la première semaine qu'à la fin de la deuxième, il s'est avéré que cette ultime vérification a confirmé l'action menée tout au long des cours de Yoga de chacun des deux séminaires, bien au-delà de ce qu’on pensait pouvoir attendre d’une telle assiduité.
Il faut noter également, que l'approche pédagogique n'était pas en reste, puisque, dès le premier jour, un exposé clair, précis, concret, en lien avec le vécu de chacun, et portant sur les commandes du pied, ses moteurs et articulations, son fonctionnement et sa mobilité, a permis une préhension réelle du sujet et une meilleure compréhension de la pratique.
Nous avons donc pu ainsi réactiver la musculature
du pied tant au niveau du tonus qu'au niveau de la détente, rétablir son maintien, son équilibre, retrouver sa statique et lui restituer la souplesse qui devrait lui être naturelle.
On pense parfois que ces facultés ne sont pas récupérables, pourtant, il suffit de s’y mettre … Et ce n’est pas toujours le plus facile.
Quelques variantes de la puissante posture de l’Arc, ont aussi sollicité les pieds, tant en force qu’en souplesse et équilibre.
Je vous invite à poursuivre le soin de vos pieds de façon régulière, pour leur santé comme pour votre santé globale, car leur influence sur le corps est énorme : statique corporelle, équilibre, stabilité, adaptation au support, circulation, bien-être corporel dans son ensemble …
Je l’indiquais en commençant page 4 : le pied a été la star de l’été. Continuons à le considérer comme tel.
     Bonne pratique! 

Montaigne avait raison …
Et avec lui, l’ensemble des penseurs antiques qui estimaient que, pour bien vivre, nous devions être conscients de notre condition.
Yoga, Tantra, Vedanta, proposent une initiation à notre fin.
Vie et mort sont complémentaires, comme nous avons pu le voir à Sérignan en Septembre dernier.
Certaines postures de Yoga rappellent cette condition, non avec pessimisme, mais avec l'idée de trouver une solution en s'appuyant sur la condition humaine elle-même, sans la rejeter ni la nier.

Posture accroupie et … réactions
Depuis le mois de Juin, moment de la parution du double Drish précédant l’été, vous avez été nombreux à réagir à l’article sur la position accroupie et son lien à la santé. Certains d’entre vous avez même décidé de l’intégrer dans votre pratique régulière, ou encore même de l’adopter lors des moments de tranquillité que chacun de nous connaît, je l’espère, chaque jour, en un lieu isolé où la nature fait son action,
d’autant qu’elle présente les meilleures conditions pour se soulager pleinement et sans contrainte tout en apportant d’immenses bienfaits, en plus d’être naturelle.
Lors des sessions d’été, cette posture a été pratiquée, puisqu’en plein rapport avec le pied, son équilibre, sa souplesse, sa force, sa stabilité. Cette assiduité a permis une progression en facilitant la prise et le maintien.
Mais si la posture semble liée à la constitution anatomique et physiologique de l’ensemble des humains, cela ne signifie pas que la position soit confortable …
Le confort relatif que l’on y trouve au début, masque l’avantage de l'autonomie et de la sensation de grande liberté que l’on y trouve en ce que le ressenti physique et mental est particulièrement délicieux. Au cours de nos rencontres estivales, vous avez pu me faire part de vos impressions suite à cette pratique.
Essentiellement, les avis qui m'ont été confiés, concernent à la fois le caractère agréable de ce geste, le confort, le côté surprenant, et enfin la véracité concernant l'efficacité du processus d'évacuation. Il est évident que cette posture oubliée par notre monde moderne, remplacée par des mesures de confort qui finalement, nous privent de bienfaits physiologiques fondamentaux, présente d'importants avantages à redécouvrir.


Un succès bien mérité

Suite au succès qu'a connu cette pratique, voyons quelques éléments permettant d'affiner encore cette pratique.
Comme je l'ai indiqué en commençant, nous l’avons testée lors des séminaires d'été, ainsi que les variantes présentées dans Drish 115 que nous avons longuement tenues
dont celle qui consiste à se placer face à un support fixe solide (ex. : pied de table), et de prendre la posture accroupie en s’accrochant à ce support. Cette précaution permet de conserver la position accroupie, d’éviter la bascule du corps en arrière et de conserver une flexion des chevilles allant tout à fait dans le sens recherché. La principale difficulté dans l'accomplissement de cette posture, est liée au manque de souplesse générale des membres inférieurs. La cheville est l'articulation qui présente le plus de résistance alors que le genou et la hanche en présentent beaucoup moins. La solution consiste donc à contourner cette difficulté, à conserver la posture, tout en permettant à la cheville de travailler progressivement et d'acquérir une capacité de réflexion importante. Ceci ne peut s'obtenir dans des conditions normales, que si les deux pieds sont placés de manière parfaitement parallèle.
Sur le dessin de la page précédente, on peut noter un léger écartement des pieds. Il faut, dans l'idéal, respecter le caractère parallèle des deux pieds : c'est la seule condition pour que les deux chevilles travaillent de manière à la fois efficace et conforme à leur propre physiologie.
La variante concernant à placer une épaisseur sous les talons (voir dessin), peut-être une aide intéressante, d'autant qu'elle place le poids du corps plus en avant et permet ainsi un phénomène de levier plus fort sur les articulations concernées. On doit en fait éviter de créer des compensations qui ne sont que le résultat du manque de souplesse provoquant une adaptation du corps à peu près convenable, mais peu respectueuse de son fonctionnement correct. Tout phénomène de torsion ainsi que tout éloignement des axes physiologiques, provoquent une fatigue anormale de l'organisme ainsi que son usure prématurée. Ces compensations ne permettent pas non plus à la musculature de travailler dans les conditions naturelles.

Précision utile
Revenons un instant sur l'utilisation de la posture accroupie et de son effet sur l'évacuation intestinale. Si l'association des deux est excellente, il n'en reste pas moins que la fatigue, la maladie, l'inconfort douloureux, l'instabilité ou le caractère périlleux de la posture juchée à un-demi mètre du sol, parfois l'âge, sont autant d'obstacles potentiels. Selon les avis que j'ai pu recueillir, le simple fait de pouvoir surélever les pieds tout en restant assis sur les toilettes, permet de retrouver une grande partie des effets de la posture indiquée dans le précédent Drish, mais parfois inaccessible. Dans l'étude évoquée dans Drish 117-118, menée en 2003, et publié dans Digestive Diseases and Sciences, on a pu voir l'influence de la position du corps sur la fonction d'élimination. Le résultat est que, plus le bassin est bas, et donc par conséquent plus les cuisses sont contre le ventre et les genoux près du buste, et plus le confort et l'efficacité sont réunis dans cette fonction d'élimination naturelle. L'essentiel est donc, non pas de s'imposer la posture accroupie, mais de permettre une fermeture du corps amenant les effets indiqués dans le précédent numéro.
Revenons un instant sur l'utilisation de la posture accroupie et de son effet sur l'évacuation intestinale. Si l'association des deux est excellente, il n'en reste pas moins que la fatigue, la maladie, l'inconfort douloureux, l'instabilité ou le caractère périlleux de la posture juchée à un-demi mètre du sol, parfois l'âge, sont autant d'obstacles potentiels. Selon les avis que j'ai pu recueillir, le simple fait de pouvoir surélever les pieds tout en restant assis sur les toilettes, permet de retrouver une grande partie des effets de la posture indiquée dans le précédent Drish, mais parfois inaccessible. Dans l'étude évoquée dans Drish 117-118, menée en 2003, et publié dans Digestive Diseases and Sciences, on a pu voir l'influence de la position du corps sur la fonction d'élimination. Le résultat est que, plus le bassin est bas, et donc par conséquent plus les cuisses sont contre le ventre et les genoux près du buste, et plus le confort et l'efficacité sont réunis dans cette fonction d'élimination naturelle. L'essentiel est donc, non pas de s'imposer la posture accroupie, mais de permettre une fermeture du corps amenant les effets indiqués dans le précédent numéro.
Un lecteur me faisait remarquer que le simple fait de soulever les talons et de rester en appui sur les orteils, permettait une surélévation d'une bonne dizaine de centimètres, assurant un plus grand confort dans la fonction d'évacuation. Il n’y a plus qu’à s’y mettre, tester encore, et faire confiance au corps dont les capacités d’adaptation et de conservation des bons gestes, sont insoupçonnées.
       Bonne continuation sur cette voie

"La vie devient de l'art, quand il n'y a plus de différence entre qui nous sommes et ce que nous faisons"
                                                                                Gene Youngblood,
théoricien de l'art et des médias, né en 1942

Sommes-nous des Yogis-guerriers ?
La question que l'on se pose parfois lorsqu’on pratique le Yoga, consiste à se demander si on doit opter pour la paix absolue ou bien pour l'action qui risquerait bien, dans certaines situations, de déplaire.
Dans la série d'articles portant le titre ci-dessus, l'idée directrice, le principe général, sont que nous ne pouvons pas nous soustraire à une action, en ce monde. Le vieux texte de référence de la pensée indienne du Yoga, et même des Yoga-s, stipule l'impossibilité pour l'humain de se retirer du monde ne serait-ce que parce qu'il doit nécessairement subvenir à ses besoins premiers et de ce fait être en lien avec le monde qui l'entoure.


Des questions

Le pratiquant occasionnel qui passe une heure sur son tapis chaque semaine, ne se pose peut-être pas ce style de question. Par contre, l'approfondissement du Yoga, l'étude des textes qui le constituent et le soutiennent, l'intégration de la tradition du Yoga à sa propre vie, l'adoption des principes majeurs qui fondent cette discipline qui est parmi les plus vieilles du monde, sont autant de sources de questionnement par rapport à la condition humaine, par rapport aux actions menées, par rapport à la considération de la vie et de ses manifestations et enfin par rapport à l'équilibre subtil entre le respect des valeurs du Yoga et l’obligation des actions à mener de façon efficace, dans notre monde moderne.
Il faut aussi noter encore une fois, le piège à éviter qui fait confondre sérénité du Yoga et absence de violence d’une part et désintérêt, voire indifférence vis-à-vis de ce monde.
Une bonne compréhension du Yoga permet d’établir la certitude que nous ne devons pas être des yogis passifs. Bien au contraire, il n'est pas question de laisser faire et/ou d’accepter tout ce qui arrive comme cela arrive. Nous pouvons noter que certaines choses sont inévitables ; de là à tout accepter sans réagir, il y a un pas à ne pas franchir.


Histoire de guru-s

Cette idée et cette attitude marquèrent un point de discorde lorsqu'en 1980, des maîtres de Yoga indiens avec lesquels j'entretenais les meilleures relations, au point que l'on m'avait même demandé d'organiser leur déplacement en France, me recommandèrent un laisser faire total et une soumission passive, même lorsque des situations inacceptables se montraient tout à fait réversibles. Ce fut là notre point de rupture : nos relations tout à fait cordiales jusque-là, le restèrent mais s’espacèrent au point qu'en 30 ans, le nombre de nos rencontres, peut se compter sur les doigts d'une seule main.
Il est vrai que les maîtres orientaux, considérés en Inde, selon leur statut, comme des êtres privilégiés, viennent en Occident sans avoir de vécu réel des situations que nous vivons. Or, le commun des mortels n'a pas cet avantage, que ce soit en Orient ou en Occident. Il est encore plus vrai dans nos contrées, que nous avons un véritable devoir de résistance vis-à-vis de ce qui ne respecte pas l'humain.


Vous avez dit ‘guerrier’ ?

La notion de guerrier évoquée ici, n'a pas pour synonyme destructeur, tueur, violent ou encore ravageur, être néfaste et irrespectueux de la vie. Le guerrier sommeille en chaque yogi et il ne peut en être autrement : même ces êtres qui nous semblent sages et qui servent parfois, de modèles, ont mené et mène toujours, un combat difficile qui est celui du maintien d'une ascèse allant dans le sens d'une évolution personnelle.
Lao Tseu enseignait dans le
Tao Tö King (Ch LXVIII) que :
       "Un véritable chef militaire n'est pas belliqueux. Un véritable guerrier n'est pas coléreux.
       Un véritable vainqueur ne s'engage pas dans la guerre. Un véritable conducteur d'hommes se met en dessous d'eux"

On mesure dans ce texte, les qualités du guerrier. Ce sont ces mêmes qualités que l'on retrouve dans le développement du concept de Non-violence particulièrement approfondie par Gandhi et son action. Une des premières qualités de celui qui se dit non-violent, c'est d'avoir les moyens d'être violent : il peut ainsi résister tout en décidant de ne pas utiliser de moyens contraires à sa philosophie.
Tout ceci pour dire que chacun de nous a son action à mener en ce monde. Et aussi que cette action à mener n'a pas besoin d'être remarquable, extraordinaire : il suffit qu'elle soit notre engagement en fonction de nos principes, ceux que nous avons choisis délibérément sans nous laisser influencer par le monde environnant.


La vie est engagement

Là où naît une difficulté majeure pour chacun d'entre nous, c'est lorsque s'affrontent les valeurs que nous avons admises et acquises, et le fonctionnement de ce qui nous entoure.
Autre point important, il faut considérer que le guerrier a aussi une action de résistance à mener, une action d'affirmation de valeurs qui lui sont chères, puisque dans les anciennes traditions d'Orient, le guerrier était un individu exemplaire, fiable, fidèle à des valeurs qu’il respectait et faisait respecter. Ces mêmes principes, ces mêmes valeurs, nous les retrouvons dans le Yoga traditionnel. Ceci veut donc dire, que dès l'instant où on choisit de s'engager sur la voie du Yoga, surviennent immanquablement le moment où ce choix devra s'effectuer.
Dans Drish 115, j'ai évoqué un personnage surprenant : Henri Laborit qui se définissait lui-même, comme étant "un délinquant qui ne s'était jamais laissé prendre".
Je vous propose de rencontrer aujourd’hui,
Pierre Rabhi.

Un personnage engagé
D'apparence discrète, on pourrait presque dire timide réservé lorsqu'on le voit ou qu'on l'entend, Pierre Rabhi est agriculteur, penseur et écrivain. Ce Français d'origine algérienne, est un homme par

Terre B 2

ticulièrement important et connu dans le monde ‘bio’ puisqu’il est considéré comme un des pionniers de l'agriculture biologique.
Inventeur du concept ‘Oasis en tous lieux’, il défend un mode de société plus respectueux des êtres humains, de la terre et des patrimoines nourriciers.
Par son action, il soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis. Si les médias parlent de lui depuis quelques années, son action ne date pas d'aujourd'hui. En effet dès 1980, il transmettait déjà son savoir-faire dans les pays arides d’Afrique, en France et en Europe. Son but ? Que chacun retrouve son autonomie alimentaire.
Ayant participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification, il est aujourd’hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire.

Inventeur du concept ‘
Oasis en tous lieux’, il défend un mode de société plus respectueux des êtres humains, de la terre et des patrimoines nourriciers.

Par son action,
il soutient le développement de pratiques agricoles accessibles à tous et notamment aux plus démunis. Si les médias parlent de lui depuis quelques années, son action ne date pas d'aujourd'hui. En effet dès 1980, il transmettait déjà son savoir-faire dans les pays arides d’Afrique, en France et en Europe. Son but ? Que chacun retrouve son autonomie alimentaire.
Ayant participé à l’élaboration de la Convention des Nations Unies pour la lutte contre la désertification, il est aujourd’hui reconnu expert international pour la sécurité alimentaire.
Auteur de nombreux ouvrages (
Paroles de Terre, Du Sahara aux Cévennes, Conscience et Environnement …), il est l’initiateur du Mouvement pour la Terre et l’Humanisme.
Le texte qui suit, est tiré de ses réflexions personnelles empreintes d'une philosophie à la fois respectueuse et engagée dont on pourra noter au passage, le caractère vrai et non conformiste.


Une éthique naturelle

L'évolution de notre civilisation a progressivement amené, sous prétexte de spécialisation, une séparation et une division de tous les domaines touchant à l'humain et à sa vie. Des excès inévitables ont surgi, liés à l'ignorance des autres domaines par chacun d'eux. Ainsi on pourra noter dans le texte qui suit, le même lien que la philosophie de l'Inde et du Yoga entretient avec l'humain, travaillant à placer celui-ci dans l'ensemble qui l'entoure, plutôt que de l'en couper. Autre point commun, celui renvoyant chacun à sa propre responsabilité d'agir ou d'attendre.
     Bonne lecture et bonne réflexion.

Texte de Pierre Rabhi
Il ne faut pas s’accrocher aux alternatives en se disant qu’elles vont changer la société. La société changera quand la morale et l’éthique investiront notre réflexion. Chacun doit travailler en profondeur pour parvenir à un certain niveau de responsabilité et de conscience et surtout à cette dimension sacrée qui nous fait regarder la vie comme un don magnifique à préserver.
Il s’agit d’un état d’une nature simple : j’appartiens au mystère de la vie et rien ne me sépare de rien. Je suis relié, conscient et heureux de l’être. C’est là que se pose la question fondamentale : qu’est-ce que vivre ?
Nous avons choisi la frénésie comme mode d’existence et nous inventons des machines pour nous la rendre supportable. Le temps-argent, le temps-production, le temps sportif où l’on est prêt à faire exploser son cœur et ses poumons pour un centième de seconde … tout cela est bien étrange. Tandis que nous nous battons avec le temps qui passe, celui qu’il faut gagner, nos véhicules, nos avions, nos ordinateurs nous font oublier que ce n’est pas le temps qui passe mais nous qui passons.
Nos cadences cardiaques et respiratoires devraient nous rappeler à chaque seconde que nous sommes réglés sur le rythme de l’univers.
L’intelligence collective existe-t-elle vraiment ? Je l’ignore mais je tiens pour ma part à me relier sur ce qui me parait moins déterminé par la subjectivité et la peur, à savoir l’intelligence universelle. Cette intelligence qui ne semble pas chargée des tourments de l’humanité, cette intelligence qui régit à la fois le macrocosme et le microcosme et que je pressens dans la moindre petite graine de plante, comme dans les grands processus et manifestations de la vie.
Face à l’immensité de ce mystère, j’ai tendance à croire que notre raison d’être est l’enchantement. La finalité humaine n’est pas de produire pour consommer, de consommer pour produire ou de tourner comme le rouage d’une machine infernale jusqu’à l’usure totale. C’est pourtant à cela que nous réduit cette stupide civilisation où l’argent prime sur tout mais ne peut offrir que le plaisir. Des milliards d’euros sont impuissants à nous donner la joie, ce bien immatériel que nous recherchons tous, consciemment ou non, car il représente le bien suprême, à savoir la pleine satisfaction d’exister.
Si nous arrivions à cet enchantement, nous créerions une symphonie et une vibration générales. Croyants ou non, bouddhistes, chrétiens, musulmans, juifs et autres, nous y trouverions tous notre compte et nous aurions aboli les clivages pour l’unité suprême à laquelle l’intelligence nous invite.
Prétendre que l’on génère l’enchantement serait vaniteux. En revanche, il faut se mettre dans une attitude de réceptivité, recevoir les dons et les beautés de la vie avec humilité, gratitude et jubilation.
Ne serait-ce pas là la plénitude de la vie ?


A voir et revoir, le film : Solutions locales pour un désordre global : de l’émotion et de la réflexion en perspective !

Yoga et végétarisme

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Un bel oiseau de paix ? … ou à consommer ?

Les Indiens sont végétariens ; le Yoga dans son esprit non-violent, prône le choix d'une alimentation non carnée.
D'autre part, le contact intime et exaltant avec la vie en chacun de nous, au cours de chacune des séances de Yoga, permet de la sentir palpiter dans les moindres de ses manifestations.
À partir de là, il arrive parfois que le pratiquant se demande si, du fait de cet engagement, du fait que la pratique du Yoga est beaucoup plus qu'une gymnastique puisque il prend en compte l'être dans toutes ses dimensions, il doit renoncer à son alimentation habituelle et devenir végétarien.
Une des premières choses à considérer, en réponse à cette question sensible, et que la fonction crée l'organe, c'est aussi un principe

oriental, ce qui signifie que tout organe en place a une fonction.
L'observation attentive de la dentition et du système digestif de l'être humain nous informe précisément sur un point important : il est omnivore. Reste à voir la quantité de protéines animales à consommer ; j'ai connu quelqu’un qui ne passait pas une journée sans manger un bon steak … C'est une question de goût, d’envies, de tendances, d'appétit, de besoins de l'organisme, et aussi d'éducation alimentaire.


Une question très actuelle

Cependant, être carnivore de nos jours n'est pas une solution si c'est quotidien, d'autant que la viande d'aujourd'hui n'est plus celle que chassaient nos ancêtres, jadis.
Quant au végétarisme, il semble une excellente solution nutritionnelle dans la mesure où il est possible de trouver les protéines dont on a besoin, dans d'autres sources, soit d'origine animale, soit d'origine végétale.
Il serait trop long d'expliquer ici tous les éléments composant la philosophie du végétarisme. Pour répondre plus brièvement à la question du début, tout en s'en tenant à l'essentiel, il n'y a pas d'obligation de pratiquer le végétarisme.
Cependant, je propose ici au lecteur, quelques aperçus de fragments de réponse permettant à chacun d'entre nous, de se poser la question dans l'intimité de sa conscience, du caractère réel de son rapport avec le monde animé et aussi inanimé, dans son rapport à la vie, la sienne bien sûr, mais aussi celle de tous les êtres qui l'entourent, quelle qu'en soit l'espèce. S'ajoute à cela, la considération, consciente ou non, que l’on entretient avec le monde animal et de la place des humains dans ce même monde animal. La question n'est pas simple, mais pourtant très actuelle.

Dans les médias

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Un sujet sur lequel il y a de quoi dire …

L'époque actuelle amène chacun à se poser cette question du choix d'une nourriture carnée ou non ; une revue titre un de ses articles : Faut-il arrêter la viande ? … Une autre affiche un éditorial intitulé : Pouvons-nous continuer à manger les animaux ? On le voit, c'est une question tout à fait d'actualité.

Le visiteur toulousain trouvera, s'il se rend au marché aux puces le dimanche matin, dans un coin de la place Saint-Sernin, un petit stand, à cet endroit de façon régulière depuis des années, où l'on trouve des informations claires et sympathiques, sur le végétarisme.

On devient végétarien ou on reste omnivore, ce qui est le propre de l'homme, mais il ne "faut" pas ou on ne "doit" pas s'imposer cette pratique. Le végétarisme, quand il est pratiqué, vient de lui-même, simplement par le fait d'une certaine prise de conscience de l'acte de consommer la chair animale. Ce qui s'imposerait de force, dans ce domaine comme dans d'autres, ne pourrait être que néfaste.

Si la consommation de viande est autorisée en Inde, lors de certains sacrifices, dans le texte ancien du Mahâbhârata, Krishna semble mettre en évidence la nécessité de l'adoption du végétarisme disant que la viande des animaux est … comme la chair de nos propres fils.

Chiffres et arguments

 

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Un sacré choix 

 

L'élevage industriel représente une masse énorme de la production de chair animale en France : 90% des porcins, 90% des veaux, 70% des vaches laitières, 70% des poulets de chair et 90% des poules pondeuses étaient élevés en batterie il y a un peu plus de 10 ans. Ces chiffres monumentaux amènent quelques réflexions et posent la question de la qualité de ce qu'on nous donne à consommer. Là est déjà un premier argument pour le végétarisme.

Autre argument important, le véritable désastre écologique causé par la production de viande : d'abord, la surface de sol utilisée pour la production de bétail, supérieure à celle qui servirait à nourrir davantage de personnes avec fruits et légumes, la quantité d'eau nécessaire, l'utilisation de produits chimiques, enfin, l'imprégnation de la chair à consommer, en hormones et antibiotiques dont on ne peut ignorer l’absorption par notre système digestif en mangeant la viande.

Enfin n'oublions pas aussi la composition de la nourriture donnée aux animaux destinés aux abattoirs :-souvenons-nous du scandale de la vache folle ou encore les conditions de vie des animaux destinés à notre assiette : il semble qu'une cruelle indifférence anime les producteurs, lorsque ils organisent leur élevage en ne laissant pas à leurs animaux d'espace vital.
Si l'on ajoute à cela, la consistance de certains aliments carnés, la couleur de certaines denrées issues du monde animal, les ajouts de colorants et produits inutiles, l'impact de la production de viande sur l'effet de serre, on ne peut alors que se poser la question du degré de complicité que l'on peut avoir, lorsqu'on achète la viande à l’étalage ou un filet de poisson.


Prises de position

Le chanteur Paul McCartney proposait que nous marquions, chaque semaine, un jour sans viande. Mais ceci est insuffisant, car, la question du végétarisme est à la fois une question de santé et aussi une question philosophique tant pour soi que pour l'animal. Les jeunes générations présentent parfois, un bon sens particulièrement aigu, lorsqu’on voit certains enfants décidant de ne plus manger de viande. On leur propose du lapin ou du cheval, alors qu'ils préfèrent les voir courir dans la campagne ou dans les bois. On peut se demander, par quelle magie, il est possible de dissocier le petit cochon rose avec la queue en tire-bouchon et au groin souriant et le filet mignon, la saucisse ou le jambon ; le bébé de la vache et le haché, le jarret où l'épaule de veau qu'on met dans l'assiette. Comment oublier que ce pavé, ce tournedos, ce steak, ont été une partie constituante d’un être vivant ? Comment être ému par le mouton si doux, si gentil, dont le petit prince demande un simple dessin à l'aviateur attendri, et désosser une côtelette dans la froideur de son assiette ? Cette dichotomie rarement remise en question, a pu se faire par l’utilisation hermétique et masquée des lieux d’abattage dont on ignore jusqu'à l'existence. Ce qui y entre, ce qui s'y passe et ce qui en sort restent du domaine du secret.

La juriste Marcela Iacub, chercheuse et essayiste, confiait dans la revue Psychologies magazine, que le but premier des abattoirs est, je cite :

     "… de rendre opaques les supplices que l'on inflige aux animaux, d'empêcher de comprendre ce que signifie pour un animal, ne pas vouloir mourir…"
Peut-être devons-nous nous souvenir qu'au Moyen âge, ces lieux se nommaient des ‘‘tueries’’.
La question qui se pose à chacun de nous, sur un plan simplement éthique, est le suivant : si le producteur ou le boucher ne faisaient pas ce travail, oserions-nous, nous-mêmes, tuer l'animal de nos propres mains, pour le manger ? Accepterions-nous, comme le faisaient les anciens, d'écarter les plumes courtes du cou du poulet, pour y enfoncer la pointe vive du couteau, afin de saigner la bête, et regarder ensuite le fluide vital s'écouler dans un récipient, lequel fluide deviendra ensuite, la sanquette ? Oserions-nous pendre la pintade à une branche d’arbre, puisque ce volatile doit, paraît-il, mourir étouffé pour être consommé ?
Il fut un temps, souvenons-nous, la consommation de viande était beaucoup moins courante que de nos jours.
Il est des lieux comme au Québec ou en Ontario, chez les Algonquins par exemple, où on adressait à l'animal que l'on souhaitait chasser, une sorte de prière respectueuse en lien avec la nécessité de commettre cet acte. En voici le texte : il s'adresse à l'orignal
(l'autre nom de l'élan, ndlr) dans le but que son ‘… sacrifice ne soit pas vain’.
     "Toi seigneur de nos forêts. Je te prie de pardonner mon geste mais tes ressources me seront utiles.
     J’ai besoin de ta viande pour nourrir mon foyer tout au long de l'année. Notre corps trouve dans la viande ce que les végétaux ne peuvent offrir.
     J’ai besoin de ta peau pour la confection de vêtements pour nous protéger du froid, du vent et de la pluie. J'ai besoin aussi de ton cuir pour que
     puisse résonner mon tambour. Mais aussi pour en faire de la babiche
(lanière de cuir servant à la confection de divers objets usuels dans ces pays froids,
      ndlr) pour mes raquettes facilitant ainsi mes déplacements, l'hiver. Le reste me sert à confectionner de l'artisanat, ornement ou autres pour te faire
      revivre autrement. Je te suis reconnaissant de ton sacrifice auprès de moi, de mes sœurs, et de mes frères.

     Tu ne seras pas mort en vain.
     Meegwetch (‘Merci’
en algonquin, ndlr)."
Ce caractère cérémoniel, n'a rien à voir avec ce que l'on nomme la prière du chasseur à Saint-Hubert, dont je livre ici quelques extraits :

     Ô Saint Hubert patron des grandes chasses, toi qu’exaltait la fanfare au galop en poursuivant le gibier à la trace, forcé sous l'élan des chevaux.
     Nous les derniers descendants de ta race … Emplis nos cœurs de jeunesse d'audace … fais-nous chasseurs hardis …

Mais peut-être les pensées que j'évoque ici, font croire au lecteur que je me trouve pris d'une soudaine sensiblerie à laquelle il n'est peut-être pas habitué. J'ai pu exprimer dans mon livre La santé par la bonne humeur, le caractère essentiel de la sensibilité qui est une fonction au plein sens du terme, et que l'on doit veiller à conserver, développer et surtout ne pas laisser étouffer.


Une recette spéciale

On m'a transmis récemment, le texte de cette recette que je transcris ici, telle qu'elle m'a été donnée. Il s'agit de la préparation évoquée ci-dessus, accompagné du commentaire suivant, par son auteur : sanquette pour que le sang du poulet ne soit pas gaspillé. Cela s’annonce bien … Il est possible que ce simple titre ne provoque en vous, aucune émotion. Alors poursuivons la description de ce plat que je n'oserai pas vous conseiller :
     "… Dégarnir au couteau le côté du cou sur quelque chose comme 3 cm. Saigner le poulet : vous avez préalablement préparé, dans une assiette plate,
     un mélange léger salé et poivré, d'échalote et de persil finement découpés. Le sang coule sur votre mélange, et vous imprimez à l'assiette un
     mouvement pour en faciliter la bonne répartition. Vous obtenez alors une galette rouge foncé qui durcit lorsque le sang caille. Vous graissez alors
      légèrement (chez moi, c'est à l’huile, mais le beurre peut faire l'affaire !) une poêle. La réchauffer, et y versez la galette qui est désormais caillée
"


Un état d'esprit

Dans le texte indien du Mahâbhârata déjà cité, ceux qui produisent la viande, la coupent, la transportent, la vendent, sont considérés comme des mangeurs de viande.
En fait la consommation de viande animale, n'est pas qu'une question de cuisine. C'est aussi une attitude dans la vie et face à la vie : le physicien allemand Prix Nobel Albert Einstein (1879-1955), pensait que le régime végétarien avait un véritable effet purificateur sur l'homme qui pouvait, à partir de là se trouver transformé. Sa conclusion était que :

     … en choisissant le végétarisme, on sera à la fois heureux et paisible.

En Inde, la caste guerrière consomme de la viande qui a un caractère rajas, c'est-à-dire liée à l'action par opposition à l'inertie (Tamas), sans être non plus l'état de perfection (Sattva). Il semblerait que la consommation de viande accompagne l'attitude ou l'action violentes. C'est peut-être pour cette raison que le mathématicien et philosophe Pythagore disait :

     … Tant que les hommes massacreront les bêtes, ils s'entretueront.
     Celui qui sème le meurtre et la douleur ne peut en effet récolter la joie et l'amour …


Devenir conscient

Un des grands principes de la non-violence est ce que l'on nomme : la conscientisation. Il s'agit d'éveiller la conscience de celui qui agit sans se rendre compte.
Ce principe est valable pour chacun de nous, avant de chercher à l'appliquer aux autres.
C'est pourquoi l'objet de cet article n'est surtout pas de définir ce que l'on doit faire, mais il est plutôt d'ouvrir une voie de prise de conscience de ce que chaque acte quotidien aussi banal soit-il, mérite que l'on s'y arrête un instant afin de lui rendre tout son sens, sans se soumettre aucunement aux phénomènes de mode ou à la pression environnementale.
Donc, ne culpabilisons pas devant un bon steak, une bonne cuisse de poulet, un filet de maquereau : au contraire, mangeons-les consciemment, en remerciant l’animal pour son sacrifice et en sachant aussi qu’une vie a été supprimée pour notre plaisir ou notre survie.
Bonne lecture et bonne réflexion.

Nos rendez-vous …
Le détail des rencontres
se trouve dans la partie consacrée aux stages ; informations par téléphone au 05 61 785 685. A bientôt.
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